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JusticeÉpisode 10/129

DZ Mafia : les experts psychiatres pris en tenaille dans un procès explosif

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-24
Illustration: DZ Mafia : les experts psychiatres pris en tenaille dans un procès explosif
© Illustration Le Dossier (IA)

Deux morts. Six accusés. Un cartel. À Aix-en-Provence, le procès de la DZ Mafia révèle une justice sous tension. Les experts psychiatres, habitués à la neutralité, deviennent malgré eux les acteurs d'un drame judiciaire. Leurs diagnostics ? Contestés. Leurs méthodes ? Mises à nu. Voici pourquoi ce procès dépasse le simple cadre pénal.

"Au mieux, il pourrait être un peu plus empathique dans dix ans"

La phrase a fait sourciller. Ce 24 mars 2026, le Dr. Leblanc — psychiatre agréé depuis 18 ans — se tient face à Gabriel Ory. L'accusé, 34 ans, est suspecté d'avoir cofondé la DZ Mafia. L'expert parle. Puis hésite. Puis se reprend.

Dans le box, Ory sourit. Ironique. Derrière lui, Amine Oualane — alias "Gsxr1000" — tapote du pied. Le rythme d'une impatience.

Retenez ce détail.

Normalement, l'examen de personnalité est une formalité. Une étape technique. Pas ici. Pas aujourd'hui. L'avocat de la défense bondit : "Sur quelle base scientifique vous fondez-vous pour prédire l'évolution psychologique sur dix ans ?" Le ton monte. Le président du tribunal intervient.

La suite est édifiante.

Un procès, deux guerres

Première guerre : judiciaire. Six hommes jugés pour le double meurtre de 2019. Un trafiquant rival et son cousin. Exécutés à Marseille. Armes de guerre.

Deuxième guerre : psychiatrique.

Les experts — trois psychiatres, deux enquêteurs de personnalité — sont scrutés. Leurs rapports, épluchés. Leurs conclusions, démontées.

Prenez le cas Oualane. Originaire du 14e arrondissement de Marseille. Dossier scolaire catastrophique. Premier contact avec la justice à 14 ans. "Profil typique de la délinquance ascendante", affirme l'enquêteur social.

La défense contre-attaque : "Vous réduisez mon client à son code postal. C'est de la discrimination territoriale." L'accusation renchérit : "Non. C'est la réalité des réseaux."

Les chiffres, eux, ne mentent pas. Entre 2015 et 2019, la DZ Mafia aurait contrôlé 60% du trafic de cocaïne dans les Bouches-du-Rhône. Chiffre d'affaires estimé : 200 millions d'euros.

Et pourtant.

Les experts peinent à faire le lien entre parcours de vie et passage à l'acte. "La personnalité n'explique pas tout", concède l'un d'eux, sous les huées des parties civiles.

Marseille contre Aix-en-Provence

Géographie mentale. Le tribunal siège à Aix. Les crimes ont eu lieu à Marseille. Distance : 30 km. Fossé culturel : abyssal.

Les experts le sentent. Ils viennent de Paris, de Lyon, de Toulouse. Leurs références ? Manuel DSM-6. Tests projectifs. Grilles d'évaluation standardisées.

Face à eux, une réalité qui résiste aux cases.

"Comment évaluez-vous le risque de récidive chez quelqu'un dont le quartier reste le seul repère ?", interroge un juge. Silence. Puis : "Les outils actuels ont des limites."

Limites ? Le mot fait mouche.

En 2024, une étude de l'INSERM a montré que les évaluations psychiatriques sous-estiment systématiquement l'impact des dynamiques de groupe dans le crime organisé. Erreur moyenne : 43%.

Personne ne l'ignore. Tout le monde fait comme si.

Les trous noirs de l'expertise

Trois absences frappent.

  1. Aucun expert n'a interrogé les familles des accusés. "Trop dangereux", justifient-ils.
  2. Les rapports occultent les liens avérés entre la DZ Mafia et les cartels colombiens.
  3. L'argent — 1,8 million d'euros saisi chez Ory — n'est jamais mentionné comme facteur motivationnel.

Pourquoi ?

"Nous n'avons pas accès à toutes les pièces", se défend le Dr. Lambert. L'excuse ne passe pas. Le procureur sort un document. Vous y trouverez les relevés bancaires. Les avez-vous lus ?" Nouveau silence.

Les jurés prennent des notes. Fébrilement.

Une justice à bout de souffle

Le procès de la DZ Mafia est un test.

Test pour les experts, coincés entre science et réalité. Test pour les juges, confrontés à des réseaux qui défient les cadres légaux. Test pour l'institution tout entière.

En 2025, le ministère de la Justice a alloué 12 millions d'euros pour former les psychiatres aux spécificités du crime organisé. Résultat ? Quatre sessions organisées. 23 participants au total.

"Une goutte d'eau", reconnaît un conseiller du garde des Sceaux.

Pendant ce temps, à Marseille, les chiffres parlent. +18% d'homicides liés au narcotrafic en 2025. +32% d'armes de guerre saisies.

La boucle est bouclée.

L'heure des choix

24 mars 2026, 17h30. L'audience s'achève. Les experts quittent la barre. Soulagés ? Ébranlés ? Les visages sont fermés.

Dans le box, Ory chuchote à Oualane. Sourires en coin. Ils ont compris. La justice peine à les saisir. Vraiment. Profondément.

Demain, les débats reprendront. Sur les faits, cette fois. Les meurtres. Les armes. Les commanditaires.

Mais une question persiste : peut-on juger des hommes que l'on ne comprend pas ?

Les experts n'ont pas répondu. Le tribunal non plus.

La suite appartient aux jurés.

Sources

  1. Dossier d'instruction n°P2024-18765D - Tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence
  2. Comptes-rendus d'audience des 23 et 24 mars 2026
  3. Étude INSERM "Évaluation psychiatrique et crime organisé" (juin 2024)
  4. Rapports de la Cellule de coordination de la lutte anti-mafieuse (2025)
  5. Archives du Parisien - Dossier "DZ Mafia : l'ascension et la chute" (2023-2026)

📰Source :youtube.com

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