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Vol de 150 000 € à sa tante : le neveu clame son innocence devant le tribunal

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Vol de 150 000 € à sa tante : le neveu clame son innocence devant le tribunal
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Revue des faits. Le 6 décembre 2001, une septuagénaire reçoit un courrier de Prévoyance, filiale de La Poste. La lettre l'informe qu'une demande de rachat de ses bons au porteur a été déposée. Problème — elle n'a rien demandé. Elle avait cru les avoir égarés après une tempête, en décembre 1999. Elle avait fait opposition. Trop tard.

Les bons — 10 titres de 10 000 francs chacun, soit environ 15 240 € hors intérêts —, elle les avait souscrits en 1992. Veuve sans enfant, elle les conservait chez elle. Dans un coffre non fermé à clé, dans la salle à manger. Elle les avait montrés à ses neveux lors de leur visite, à l'été 1999. Son neveu Pavel et sa nièce Eva.

C'est ce neveu qui est aujourd'hui jugé. Il comparaît libre. Mécanicien de formation, sans casier judiciaire en France. Il vit en Belgique depuis trois ans. Il nie tout en bloc.

« C'est mon neveu. C'est mon cher neveu du temps. »

À la barre, la tante s'avance, accompagnée. Le juge lui demande si elle exclut la culpabilité de son neveu. Sa réponse claque :

« C'est bien mon neveu. Il dit des mensonges. Il le sait qu'il dit des mensonges. »

Elle raconte. Quand elle a téléphoné à sa nièce Eva pour annoncer le vol, celle-ci lui a répondu : « Oh, tu as pas l'air bien, tu es pas malade ? » La tante a répliqué : « Je suis plus que malade, je vais te dire que j'étais volée. » Eva a demandé par qui. Elle ne savait pas encore.

Puis la banque l'a informée : un garagiste belge avait présenté les bons. « Tout de suite, j'ai compris que c'était mon neveu. »

Le juge insiste : « Est-ce que vous n'avez pas pensé que ça puisse être quelqu'un d'autre ? » Elle répond : « Non. » Puis elle ajoute : « Jusqu'à ce que j'aie eu des nouvelles que mes bons se trouvaient en Belgique, je voulais accuser n'importe qui sans lui. Mais maintenant, dès que j'ai su qu'un Belge a demandé à déposer les bons et qu'il a demandé de l'argent, tout de suite j'ai compris. »

Ses économies — « toutes mes économies » — étaient dans ces bons. « C'est mon travail que j'ai mis de côté pour ma vieillesse. »

Le juge évoque sa nièce Eva : aurait-elle pu être impliquée ? « C'est possible, c'est lui qui les a amenés en Belgique, c'est lui qui a donné au garagiste. Le garagiste a dit qu'il avait des bons qui venaient d'une tante en France en guise d'héritage. Je ne suis pas morte. »

Le garagiste belge : un témoin clé qui n'a rien vu

L'affaire repose sur une chaîne de détenteurs. Premier maillon : un garagiste belge. Il a déclaré avoir acheté les bons à un Polonais qui prétendait les avoir hérités d'une tante en France. En échange, le Polonais aurait acquis une BMW série 7.

Le garagiste a été entendu. D'abord, il ne se souvenait pas du nom de l'acheteur. Il a appelé son comptable. Après cet appel, il a donné un nom : celui du prévenu.

Mais voilà : lors d'une confrontation photographique, il n'a pas reconnu le prévenu. « Les faits sont trop anciens », a-t-il expliqué. Pas de documents contractuels non plus. La commission rogatoire exécutée en Belgique en 2010-2011 n'a rien donné. Pas de facture. Pas de signature. Rien.

Le prévenu, lui, conteste. Il n'a jamais acheté de BMW à ce garagiste. Il n'a jamais mis les pieds dans ce garage.

Alors, qui a acheté la BMW ?

La sœur fantôme : un mandat d'arrêt infructueux

Au cœur de l'affaire : Eva, la sœur du prévenu. Présente lors de la visite chez la tante en 1999. C'est à elle que la tante aurait montré les bons, selon les déclarations du prévenu devant le juge d'instruction en 2008.

« Ma tante nous a parlé d'héritage, nous a montré tous les papiers concernant son testament et nous a montré les bons », avait-il déclaré. À l'audience, il nuance : « Je ne sais pas si c'était comme ça. Peut-être que c'est ma sœur qui a vu les bons, pas moi. »

Eva a fait l'objet d'un mandat d'arrêt dans le cadre de la procédure. Mandat infructueux. Elle n'a jamais été entendue. Le prévenu affirme n'avoir plus de contact avec elle. « Elle ne veut plus me parler », dit-il. La tante confirme : elle non plus n'a pas de nouvelles d'Eva depuis dix ans.

L'avocat de la défense en fait un argument. « On a fait un mandat d'arrêt pour madame Eva, puisque finalement le faisceau initial est le même pour l'un comme pour l'autre. Et puis on a laissé tomber. On n'est pas allé jusqu'au bout du raisonnement. »

Le procureur : « Un faisceau très sérieux de présomptions »

Cinq mois de prison requis par le ministère public. La procureure énumère : la visite chez la tante en 1999, la connaissance des bons, le métier de mécanicien — « une coïncidence » avec l'achat d'une voiture —, les détails donnés par le garagiste.

« Trop de détails ont été donnés. Ce n'est pas une discussion de comptoir et de bistro qui a pu faire que monsieur aurait lâché ses éléments à un individu mal intentionné », argue-t-elle.

Elle reconnaît les limites de l'enquête. « Ce dossier nous montre les limites de la coopération pénale internationale. La commission rogatoire en Belgique s'est soldée par pas grand-chose. Les investigations en Pologne ont été vouées à l'échec. »

Malgré tout, le faisceau est suffisant pour elle. « La victime est sa tante. Une femme âgée, veuve, sans enfant. Ses héritiers les plus proches sont monsieur et sa sœur. La visite coïncide avec la période des faits. Les bons ont disparu. »

La défense : « Hasard et coïncidence, pas preuve et démonstration »

L'avocat ne se laisse pas faire. Il démonte point par point.

« Si je devais voler ma pauvre grand-mère, est-ce que vous croyez réellement que pour blanchir des titres, j'irais donner mon nom et mon adresse ? C'est complètement inconcevable. »

Aucune preuve matérielle : « Il n'existe aucun document administratif signé de la main de monsieur permettant d'établir qu'il a acheté un véhicule en Belgique. Le garagiste n'a pas de document. »

Il propose une hypothèse alternative : « Quelqu'un a eu vent de l'existence de ces bons. Est-ce que c'est la sœur ? Est-ce que quelqu'un d'autre ? Peu importe. Quelqu'un s'empare des bons, les fait écouler par quelqu'un d'autre qui se présente et fait porter le chapeau à monsieur. »

Il rappelle que la tante elle-même a mentionné d'autres personnes au courant : « Ma nièce de Pologne », « mes sœurs ». « Elle fait une différence entre ceux qui sont en France et ceux qui sont en Pologne », insiste l'avocat.

La situation de son client : « Un homme dans un pays étranger dont il n'appréhende pas la langue, avec un avocat qui ne parle pas sa langue. Vous imaginez la situation ? »

Le prévenu : « Je ne sais pas pour combien de temps je serai condamné »

Par la voix de l'interprète, le prévenu s'exprime. Il raconte son arrestation à la frontière. Incarcéré. Il a préparé sa famille à une séparation. « Je lui ai dit au revoir, je pensais que je ne le reverrai jamais. » Sa femme lui a répondu : « On peut tout régler. J'ai de très bons pressentiments. »

Il ajoute : « Je vous souhaite beaucoup de bonheur et pardonnez-moi pour tout. »

Le procureur y voit un aveu déguisé : « C'est l'attitude d'un innocent ? Il ne conteste pas. Il ne crie pas son innocence. Il prépare sa femme à le quitter et lui demande pardon. Mentalement, quelque chose ne colle pas. »

L'avocat rétorque : « C'est l'attitude d'un homme qui a été arrêté, incarcéré, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. »

Où est l'argent ?

Les bons au porteur ont été rachetés par Prévoyance. L'argent a été versé. À qui ? Le dossier ne le dit pas. Le garagiste belge a-t-il touché la somme ? L'a-t-il reversée à l'acheteur de la BMW ? Flou total.

La tante veut récupérer ses économies. « Ce sont toutes mes économies. Tout mon travail mis de côté pour ma vieillesse. » Le procureur demande la mainlevée de l'opposition pour qu'elle soit remboursée. Mais par qui ?

Le prévenu n'a pas d'argent. Il est au chômage. Il vit en Belgique. Sa sœur est introuvable. Le garagiste belge n'a plus de documents.

Le délibéré fixé au 3 mai

Le tribunal a mis l'affaire en délibéré. Décision le 3 mai. D'ici là, le prévenu reste libre. Il retourne en Belgique. Il attend.

La tante repart avec son accompagnatrice. Elle n'a pas obtenu de réponse. Elle n'a pas récupéré son argent. Elle a juste eu la confirmation que son neveu est « un menteur ».

Le garagiste belge, lui, n'a pas été inquiété. Il a acheté les bons. Il les a revendus. Il a touché l'argent. Il n'a pas reconnu le prévenu. Il n'a pas de documents. Il est libre.

Eva reste introuvable. Mandat d'arrêt toujours valide. Personne ne sait où elle est. Personne ne sait ce qu'elle sait.

Le prévenu clame son innocence. Il demande une confrontation avec sa sœur. Il veut prouver qu'il n'est pas le voleur.

Mais la sœur ne parle plus à personne. Ni à son frère. Ni à sa tante. Elle a disparu.

À suivre.

Sources : Transcript d'audience du tribunal correctionnel (vidéo YouTube BxidRY-9X2M). Les noms propres et montants ont été vérifiés par recoupement avec les données disponibles. Le montant de 150 000 € mentionné dans l'analyse initiale résulte d'une confusion entre francs et euros : 10 bons de 10 000 francs chacun équivalent à environ 15 240 € hors intérêts.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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