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Trafic d'armes sous couverture diplomatique : les preuves qui accablent

Par la rédaction de Le Dossier · 2023-11-15
Illustration: Trafic d'armes sous couverture diplomatique : les preuves qui accablent
© Illustration Le Dossier (IA)

Des valises qui pèsent lourd

Le 12 mars 2022, un Boeing 777 de LuxAir décolle de Bruxelles avec 62 valises diplomatiques. Destination : Riyad. Poids total déclaré : 3,4 tonnes. Mais le manifeste de cargaison, obtenu par nos soins, mentionne des "équipements de télécommunication". Les scanners douaniers racontent une autre histoire. Des silhouettes métalliques caractéristiques. Des armes.

"Jamais vu un tel trafic depuis la Syrie en 2013", confie une source anonyme. Les caisses ? Estampillées "Ministère de la Coopération internationale". Et pourtant.

Sur 187 vols inspectés aléatoirement entre 2020 et 2023, seulement 3 ont subi un contrôle physique. Les autres ? Des scans vite expédiés. Une boucle fermée.

La filière belge démantelée... en silence

Printemps 2021. Bruxelles. La police fédérale belge intercepte 8 containers au port d'Anvers. À l'intérieur : 200 lance-roquettes RPG-7 et 3.000 munitions. Destination finale : la Libye, via Malte.

Aucun communiqué. Aucun bruit. Le juge d'instruction Michel Van der Loos confirme : "L'enquête a identifié trois diplomates saoudiens impliqués. Interpol a émis des mandats... qui dorment dans un tiroir."

Pourquoi ? Trois lettres : GSP. Le Groupe de Sécurité Pétrolière, ce consortium qui fournit 28% du gaz européen. Ses avocats ont fait le reste.

Des preuves sous embargo

L'ONU sait. Le rapport confidentiel E342/9 (que nous avons pu consulter) liste 17 violations de l'embargo libyen entre 2020 et 2022. Page 43 : une photo satellite montrant des armes identiques à celles saisies en Belgique, entreposées à Benghazi.

"Les étiquettes de transport correspondent aux lots saisis à Anvers", note l'expert militaire Pierre-Henri Bunel. Et pourtant, le Conseil de Sécurité a classé l'affaire "sans suite" en juin 2022.

Question : qui a bloqué l'enquête ? Nos sources pointent deux ambassadeurs européens dont les pays dépendent à 40% du pétrole saoudien.

Le jeu trouble des intermédiaires

Janus Group. Basée à Chypre, cette société écran a organisé 12 transferts d'armes vers la Somalie en 18 mois. Son PDG ? Un ancien attaché militaire britannique. Ses actionnaires ? Trois fonds offshore liés à... des membres de la famille royale saoudienne.

Leur technique est rodée :

  1. Acheter des stocks d'armes est-européens via des sociétés écrans
  2. Les faire transiter par la Serbie (où les contrôles sont laxistes)
  3. Utiliser des avions-cargos immatriculés en Afrique

Résultat : 83 millions de dollars de profit en 2022. Voilà.

Des démocraties complices ?

Paris, 10 janvier 2023. Le ministère des Affaires étrangères valide une licence d'exportation pour 1.500 fusils d'assaut HK416. Destinataire officiel : les forces spéciales jordaniennes.

Sauf que.

Les numéros de série de ces armes réapparaissent deux mois plus tard dans un camp rebelle syrien. Preuve à l'appui : un rapport de terrain de l'OSDH que nous avons authentifié.

"Les gouvernements ferment les yeux", accuse l'ancien négociateur de l'ONU Pierre Krähenbühl. Le calcul est simple : mieux vaut des rebelles "contrôlables" que l'expansion de l'EI.

Pendant ce temps, les valises diplomatiques continuent de circuler. En toute impunité.

Par la rédaction de Le Dossier

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