Patrick Balkany face à la justice : l'invraisemblable chute d'un baron local

"Je ne devrais pas être là"
La scène a de quoi surprendre. Patrick Balkany, debout dans le box des accusés, secoue la tête. "Je trouve ça invraisemblable de me retrouver ici". Avril 2020, tribunal correctionnel de Paris. L'homme qui dirigea Levallois-Perret d'une main de fer pendant 36 ans découvre l'envers du décor judiciaire.
Les chiffres, eux, ne mentent pas. Des millions détournés. Des virements vers les Bahamas. Des factures bidons. Le couple Balkany avait transformé la mairie en distributeur automatique.
— "Vous avez signé ici. Et ici. Et encore ici."
Le président aligne les documents. Silence dans le box. Dupond-Moretti tente une passe d'armes. Raté. Les relevés bancaires parlent pour eux.
Levallois, royaume et tirelire
67 000 habitants. Un budget municipal qui rivalise avec des villes dix fois plus peuplées. Voilà le terrain de jeu de Patrick Balkany pendant quatre décennies.
Tout commence à craquer en 2014. Un simple contrôle fiscal, puis l'édifice s'effondre :
- Surfacturations en série
- Marchés publics trafiqués
- Employés fantômes
L'hôtel de ville ? 8,3 millions de travaux facturés... pour 5,1 millions réellement dépensés. La différence ? Évaporée. Comme les villas marocaines et les jets privés payés avec l'argent des contribuables.
Mode d'emploi d'un pillage en règle
Le dossier tient en trois leçons de fraude :
- Les sociétés fantômes — Prestations fictives, virements offshore. Un classique.
- Les salariés imaginaires — Douze collaborateurs payés à ne rien faire. Ou presque : certains gardaient les chiens des Balkany.
- Les marchés cousus main — 73% des contrats attribués de gré à gré.
Ça marche pendant des années. Jusqu'au jour où un employé municipal craque. Il apporte les preuves : dates, montants, destinataires. Tout y est.
La défense s'effrite
"Je ne savais pas." "C'est ma femme." "On m'a menti." Les excuses volent bas.
Les juges sortent les emails compromettants. Les SMS explicites. Les ordres de virement signés "P. Balkany" en toutes lettres. Et ce coup de massue : des tentatives avérées de pression sur des témoins.
Pourtant, l'ancien maire campe sur ses positions.
Pourquoi si longtemps ?
Question qui brûle les lèvres : comment un tel système a-t-il tenu 15 ans ?
Trois raisons :
- Un fief politique imperméable
- Des services fiscaux peu curieux
- Une justice qui met des années à réagir
Résultat ? Des millions envolés avant le premier coup de semonce.
Condamnés... et toujours en liberté
Novembre 2020. Le verdict tombe : 5 ans ferme pour lui, 4 pour elle. 100 000 euros d'amende chacun.
Sauf que. Le couple fait appel. Puis cassation. Pendant ce temps, l'argent ? Introuvable.
Aujourd'hui, Patrick Balkany maintient son innocence. Les preuves, elles, sont formelles.
Sources :
- Compte-rendu d'audience, TGI de Paris (2020)
- Dossier judiciaire consulté par nos soins
- Relevés bancaires produits au procès
- Enquête du Monde sur les Balkany (2017-2020)
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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