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Michel Fourniret et Olivier: le pacte criminel qui a coûté la vie à Estelle Mouzin

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-21
Illustration: Michel Fourniret et Olivier: le pacte criminel qui a coûté la vie à Estelle Mouzin
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9 janvier 2003 : le jour où tout bascule

Une doudoune bleu marine. Une salopette en jean. Des bottes blanches. Ce jeudi, Estelle Mouzin rentre de l’école comme d’habitude. 18h30. Elle traverse un rond-point. Il lui reste 450 mètres pour rentrer chez elle, à Guermantes-en-Brie. Elle ne les parcourra jamais.

Les recherches démarrent aussitôt. La PJ de Versailles prend les rênes. Mais le contexte est hostile. Une neige épaisse recouvre tout depuis le week-end. Les policiers mettent trois heures pour franchir les 60 km entre Versailles et Guermantes. Les trottoirs, les routes — tout est enseveli. Les traces ont disparu. Les enquêteurs interrogent, installent des barrages, visitent plus de 400 maisons, distribuent des questionnaires. Rien. Pas un indice. Pas un témoin.

Guermantes, petite ville de banlieue parisienne, est silencieuse. Des maisons coquettes, des rues désertes. "On peut y passer beaucoup de temps sans croiser personne", raconte un enquêteur. Les policiers se concentrent sur l’entourage d’Estelle. Un voisin au disque dur rempli de photos pédophiles. Des prêtres polonais hébergés chez les Mouzin pour Noël. Mais aucune piste sérieuse n’émerge.

Le père d’Estelle, Éric Mouzin, ne lâche rien. Il lance des appels à témoins dans la presse. Organise des marathons. Se rend aux États-Unis et en Belgique pour étudier les méthodes de lutte contre les disparitions d’enfants. Son activisme irrite les enquêteurs. "On ne nous dit pas ce que nous avons à faire", grogne un policier. Le 11 mars 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, reçoit les parents d’Estelle. L’affaire prend une dimension nationale. Une cellule Estelle est créée. Des moyens hors norme sont déployés. Mais les mois passent. Les pistes s’enlisent.

Le portrait-robot et la première piste Fourniret

En juin 2003, six mois après la disparition d’Estelle, un témoignage relance l’enquête. Mégane, 12 ans, meilleure amie d’Estelle, raconte avoir été abordée quelques semaines plus tôt par un homme dans une camionnette blanche. Le scénario est identique. Un jeudi. En fin d’après-midi. Sur le chemin de l’école. Le père de Mégane avait interdit à sa fille de parler de cet incident. Par peur d’accuser un innocent.

Un portrait-robot est réalisé. Un homme d’une quarantaine d’années. Une petite barbe. Des lunettes ovales. Le 24 juin 2003, le portrait est diffusé lors d’une conférence de presse. La piste est chaude. Quelques jours plus tard, à Dinant, en Belgique, la police arrête Michel Fourniret. Il conduit une camionnette blanche. Une jeune Belge de 13 ans vient d’échapper à ses griffes. Le lien avec Estelle Mouzin semble évident. Mais les enquêteurs français ne creusent pas cette piste. Pourquoi ?

Les erreurs judiciaires et la piste négligée

La PJ de Versailles passe à côté de Fourniret. Les policiers ont un alibi : un coup de fil passé depuis Sarcustine le soir de la disparition d’Estelle. Michel Fourniret prétend ne pas se souvenir de cet appel. Monique Olivier, sa femme, confirme qu’elle n’a jamais cherché à joindre Jean-Christophe, le fils aîné de Fourniret. Les relevés téléphoniques semblent indiquer que Fourniret était à Sarcustine, à 250 km de Guermantes. La PJ de Versailles classe l’affaire. Pourtant, les policiers belges sont convaincus. "C’est lui", répètent-ils à leurs homologues français. Mais personne ne les écoute.

En 2005, Éric Mouzin change d’avocat. Le cabinet Seban-Hermann prend le dossier. Le constat est accablant. Le dossier est un fouillis. Des PV mélangés. Aucun rapport de synthèse. Le juge d’instruction semble avoir abandonné. Il faut un an pour tout classer. Les avocats sont convaincus : la piste Fourniret n’a pas été assez creusée.

Les aveux tardifs et le pacte criminel

En 2006, les aveux tombent enfin. Michel Fourniret reconnaît plusieurs crimes. Mais pas celui d’Estelle Mouzin. Il ajoute pourtant son nom à la liste des victimes. "C’est moi", dit-il. Puis il se rétracte. Les enquêteurs belges sont persuadés que c’est un aveu en négatif. "Quand on connaît Fourniret, c’est évident", explique un procureur.

En 2020, Monique Olivier finit par parler. Elle confirme avoir accompagné Fourniret pour enterrer Estelle. Les enquêteurs utilisent Google Street View pour localiser l’endroit. Monique Olivier guide les policiers jusqu’à une route en "pas de doigt". Mais le corps d’Estelle ne sera jamais retrouvé. Les fouilles restent vaines. Une semaine de recherches intensives. Rien.

Le procès de Monique Olivier et la condamnation

Le 28 novembre 2023, Monique Olivier comparaît seule devant les assises de Nanterre. Michel Fourniret est mort en mai 2021. Elle est accusée de complicité dans les enlèvements suivis de meurtre de Joan Pariche, Marie-Angèle Domes et Estelle Mouzin. Le procès dure trois semaines. Monique Olivier se montre habile. Elle esquive les questions gênantes. "Je ne sais pas", répète-t-elle. Mais les faits sont là. Les preuves aussi.

Le verdict tombe. Perpétuité avec 20 ans de sûreté. Monique Olivier ne pourra pas demander à sortir de prison avant 2036. Elle aura 88 ans. Pour Éric Mouzin, c’est une maigre consolation. "Enfin, j’ai un nom. Enfin, je sais qui a enlevé ma fille", dit-il. Mais le corps d’Estelle reste introuvable. Et les erreurs judiciaires continuent de hanter cette affaire.

Un désastre judiciaire

17 ans d’enquête. Des pistes négligées. Des aveux tardifs. Des erreurs monumentales. L’affaire Estelle Mouzin est l’un des plus grands ratages judiciaires des 30 dernières années. Éric Mouzin a porté plainte contre l’État pour faute grave. Le combat continue. Pour Estelle. Pour toutes les victimes de Michel Fourniret et Monique Olivier. Pour éviter que cette tragédie ne se répète.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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