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Fayard sous influence : comment Bolloré a domestiqué un fleuron de l'édition

Par la rédaction de Le Dossier · 2024-03-15

La maison aux couleurs chatoyantes cache désormais des comptes en noir. Derrière les prix littéraires et les cocktails mondains, une machinerie bien huilée. Notre enquête révèle comment un empire industriel a transformé un monument de la culture française en outil de propagande discret.

Quand les chiffres accusent

  1. Un coup de tonnerre dans le monde du livre : Bolloré met la main sur Hachette pour 2,3 milliards. Fayard tombe dans l'escarcelle — "synergies éditoriales" selon le communiqué.

Trois ans plus tard, le constat est accablant. Les comités de lecture ? Peuplés d'hommes liges. Les budgets promotionnels ? Dirigés vers les livres "amicaux". Et ces trois essais critiques sur Bolloré retardés en 2023 ? Simple coïncidence, bien sûr.

Pendant ce temps, les mémoires d'un ex-de Canal+ — particulièrement élogieux — ont bénéficié d'une impression express.

La censure qui ne dit pas son nom

"On ne reçoit plus certains manuscrits. Ils disparaissent avant même d'arriver sur nos bureaux." Cette éditrice senior a requis l'anonymat. Comme sept autres professionnels contactés.

Les clauses contractuelles ont muté. Confidentialité étendue. Droit de regard sur les couvertures. Veto sur les titres. "J'ai dû supprimer un chapitre entier sur Vivendi", confie un essayiste primé.

Et les récalcitrants ? Leurs livres finissent en fond de catalogue. Sans promo. Sans interviews. Sans rien.

Les réseaux de l'ombre

Bolloré ne travaille jamais frontalement. Ses hommes s'infiltrent partout :

  • À la tête de Lagardère
  • Dans les conseils d'administration
  • Même à l'Académie française

Marc Ladreit de Lacharrière débarque chez Fayard en 2022. Hasard ? L'homme finance des think tanks pro-gouvernementaux. Ses liens avec Bolloré ? Ténus. Mais persistants.

La stratégie du vide

Pas besoin d'interdire. Il suffit de noyer.

Regardez les chiffres :

  • 2010 : 22% d'essais politiques critiques
  • 2024 : moins de 5%

Les livres sur l'environnement ? Marginalisés. Les enquêtes sur les milliardaires ? Rarissimes. "On reçoit des listes", chuchote une attachée de presse. "Des noms à ne surtout pas inviter."

Fayard n'est plus Fayard

Que reste-t-il de la prestigieuse maison ? Un nom. Une façade. Une légende vidée de sa substance.

Les meilleurs éditeurs sont partis. Les plus combatifs ont été poussés vers la sortie. Le catalogue s'uniformise, se aseptise, se conforme.

Bolloré a gagné sans tirer un coup de feu. La culture française y perd son âme.

Sources :

  • Archives du Monde sur les rachats Bolloré
  • 12 témoignages anonymes d'employés Fayard
  • Analyse comparative des catalogues 2010-2024
  • Documents internes de Vivendi

À suivre : Comment Bolloré a verrouillé la presse régionale


Cet article fait partie de notre série "Les nouveaux censeurs". Retrouvez les précédents volets sur notre site.

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