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Premières excuses en France : l'héritier négrier face au descendant d'esclave

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-23
Illustration: Premières excuses en France : l'héritier négrier face au descendant d'esclave
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Le face-à-face qui change la donne

Un mât dressé au milieu d’un jardin. Un ancien ingénieur des eaux de Nantes. Un militant syndicaliste venu de Grand-Rivière. Rien ne les destinait à se rencontrer.

Le 18 avril, ils se font face. Pierre Guillon de Princé lit un texte préparé. Sa voix tremble. « C’est vers l’ensemble des communautés des Caraïbes que je présente mes excuses pour l’impact du racisme sur leur quotidien, leur santé, leur bien-être. » Dieudonné Boutrin écoute, debout. Il ne s’attendait pas à ça.

Voilà : ce sont les premières excuses publiques jamais prononcées en France par un descendant d’armateur négrier — oui, vous avez bien lu. Pas aux États-Unis, pas au Royaume-Uni. Ici, à Nantes, dans l’ancien premier port négrier du pays au XVIIIe siècle.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi cet homme de 80 ans a-t-il franchi le pas ? « J’ai su très tôt que mes ancêtres étaient armateurs négriers, confie Pierre. Mais ça ne raisonnait pas de façon contemporaine. » Longtemps, le passé négrier de sa famille — les Guillon — est resté une anecdote historique, un nom dans un manuel. Jusqu’à ce que la rencontre avec Dieudonné Boutrin change tout.

« Tu m’apprends beaucoup, et c’est très bien. » Ces mots de Pierre à Dieudonné ont été prononcés devant une caméra. « Plus de 80 ans, je me fais un nouvel ami. C’est quand même rare. » La formule est touchante. Naïve ? Peut-être. Mais elle révèle une transformation personnelle qui dépasse le simple geste médiatique.

Derrière cette amitié, un travail de mémoire méticuleux. Pierre a édité un livret pour sa famille : six bateaux négriers — les noms, les destinations, les cargaisons humaines. Des milliers d’esclaves achetés et vendus. Il a même réalisé le plan d’un de ces navires. « C’est toi qui as fait le plan ? » demande Dieudonné. « Oui. » Un silence. Puis : « C’est de l’histoire. Apprendre des événements. »

L’enquête continue.

Nantes, ville-mémoire, ville-amnésie

Premier port négrier français, Nantes. Au XVIIIe siècle, un peu plus d’un dixième de l’activité maritime nantaise provenait de la traite. L’armement négrier n’a jamais excédé 22 % de l’armement total — mais ces chiffres masquent une réalité plus sombre : des milliers d’Africains déportés, des profits colossaux, des dynasties marchandes — dont la famille Guillon — bâties sur le sang.

Il y a plus de 40 ans, Dieudonné Boutrin est arrivé à Nantes par hasard. « J’ai découvert le lien entre mes ancêtres et cette ville, » raconte-t-il. Mais ce n’était pas une évidence. « À l’école, on nous a appris que nos ancêtres sont des Gaulois. » Il rit, amèrement. La France peinait à parler de cette histoire. Ce n’est qu’en 1998, pour le 150ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage, que Jacques Chirac a organisé la première commémoration officielle.

1998 — ce n’est pas si lointain. Et pourtant, des décennies d’amnésie officielle ont laissé des traces.

Dieudonné est devenu acteur de la vie nantaise : membre du comité de pilotage du mémorial nantais de l’abolition de l’esclavage, fondateur d’associations, lanceur de projets. « Le racisme fait rage aujourd’hui, » dit-il. « Il faut libérer la parole. »

Pierre, lui, connaissait les faits mais les avait enfouis. « Je ne peux pas dire que ça m’a choqué, » avoue-t-il. « À partir du moment où je sais qu’ils étaient armateurs négriers, c’est ce qu’il y avait de plus dur dans leur destin. Il ne pouvait pas apprendre plus grave. » Le premier armateur de la famille habitait rue Contrescarpe. Pas sur les quais de la Fosse, pas dans l’île Fedeau, mais « pas très loin ». La géographie de la mémoire n’est jamais innocente.

Un projet sous le feu des menaces – la réplique du bateau négrier

Dieudonné ne s’arrête pas aux excuses. Il porte un projet colossal : une réplique grandeur nature d’un bateau négrier, transformée en musée itinérant, prévue pour 2029. L’objectif : raconter, dénoncer, éduquer.

Mais ce projet attise la haine. « J’ai subi des menaces », raconte-t-il, la voix serrée. « “On va vous faire crever, on va s’occuper de votre famille.” Ça a été violent. » Pire : « On m’a même dit que si je voulais que ce projet aille au bout, il faudrait le donner à un blanc. » Le racisme ne se cache pas. Il s’exhibe, armé de haine et de peur.

Les enfants de Dieudonné ont grandi dans cet environnement. « On a toujours su l’histoire, » confient-ils. « Papa nous a appris à nous battre. » Une transmission qui n’est pas académique — elle est charnelle.

Le projet du bateau-musée n’est pas seulement une provocation pédagogique : c’est une tentative de concrétiser la mémoire dans un espace public. Alors que l’État français ne propose guère que des commémorations formelles, Dieudonné veut embarquer les gens — au sens propre — dans la réalité de la traite.

La fédération internationale : justice

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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