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Carcassonne : un adolescent grièvement blessé par un tir de la BAC, ses parents dénoncent une enquête à charge

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-09
Illustration: Carcassonne : un adolescent grièvement blessé par un tir de la BAC, ses parents dénoncent une enquête à charge
© YouTube

Le 12 janvier 2026, Jules a 16 ans. Il est passager d’un véhicule pris en chasse par la BAC à Carcassonne. Un policier fait feu. La balle le touche en plein thorax. Elle frôle la trachée, manque le cœur. Les médecins parleront de miraculé. Aujourd’hui, ses parents, Marie et Ludovic, témoignent dans L'Humanité. Ils dénoncent une enquête de l'IGPN bâclée, un classement sans suite incompréhensible et une justice à deux vitesses. Jules, lui, est poursuivi pour tentative de meurtre sur fonctionnaire de police.

La balle s'est arrêtée au contact de la trachée. Un millimètre de plus, et Jules était mort. C'est la première information que donne Marie au journaliste de L'Humanité.

Son fils est un miraculé. Les séquelles, elles, sont bien réelles. « Là aujourd'hui sur le plan physique, c'est des douleurs permanentes, des problèmes du coup de d'insomnie récurrent », raconte-t-elle. Il souffre d'une fracture du sternum. Se lever le matin nécessite de l'aide. La rééducation a dû être interrompue pour un stage obligatoire — indispensable pour ne pas perdre son année de bac professionnel. Vingt semaines de stage sur trois ans sont requises. « Si ces 20 semaines ne sont pas réalisées, vous êtes d'office éliminé », rappelle Marie.

L'adolescent est en seconde. Il n'a pas pu se rendre au lycée pendant des mois.

Une course-poursuite, un tir, une balle

Le 12 janvier, Jules est dans un véhicule conduit par un ami. Ce véhicule est signalé volé. Une équipe de la BAC repère la voiture pour sa conduite dangereuse. Une course-poursuite s'engage. Pour stopper le véhicule, un autre équipage — la brigade d'aide et d'assistance juridique — est mobilisé.

Ils utilisent un « stop stick », une barre munie de pointes conçue pour crever les pneus. Mais ils ne s'arrêtent pas là. Un policier fait feu. Il tire sur le véhicule. Il touche le passager.

« C'est un véritable miraculé », confirme Ludovic, le père de Jules.

Lui-même policier municipal, il est aussi moniteur de tir. Il a été formé dans l'armée, puis à l'école de gendarmerie. Il connaît les règles. Il connaît la loi. Il connaît les gestes techniques. Il ne comprend pas ce tir.

« D'une part, j'ai été formé dans une école de gendarmerie par rapport à mon monitor euh nous a toujours inculqué qu'on n'arrêtait pas un véhicule en tirant dessus et là qui plus en plus sur un passager », explique-t-il.

Son analyse est technique, précise. Les policiers avaient, selon lui, une distance de plus de 200 mètres avec le véhicule. Ils étaient protégés sur les côtés par d'autres véhicules et par des terre-pleins centraux avec des jardinières. Il n'y avait aucun barrage physique. Seul un stop stick avait été posé. « Aucune utilité du tout », conclut-il.

Une première plainte classée sans suite

Marie et Ludovic portent plainte. La réponse tombe. La plainte est classée sans suite. Motif : légitime défense.

« Non, cette décision est totalement incompréhensible », lâche Marie.

Elle liste les incohérences. L'enquête de l'IGPN ? « Totalement menée à charge », selon elle. Pas d'enquête balistique. Des versions contradictoires entre les policiers eux-mêmes. Un témoin oculaire affirme que le tireur présumé n'est pas celui qui s'est dénoncé. Deux détonations ont été entendues. Un policier a été vu ramassant une douille.

« Avec autant d'ombre dans l'enquête », insiste-t-elle, le classement sans suite est incompréhensible.

Mais il y a plus. Les parents ont aussi porté plainte contre le conducteur du véhicule pour mise en danger de la vie d'autrui. Le procureur a classé cette plainte sans suite, également. Marie reçoit un « courrier moralisateur » qui estime que « conduire comme un fou et continuer de rouler avec notre fils qui avait une balle dans le thorax n'était pas une mise en danger ».

Un adolescent de 16 ans blessé par balle, transporté d'urgence à l'hôpital, et le procureur trouve que continuer à rouler avec lui dans cet état ne constitue pas une mise en danger. Voilà.

Une deuxième plainte, un refus de visionner les vidéos

Face au classement sans suite, Marie et Ludovic déposent une nouvelle plainte, cette fois avec constitution de partie civile. L'objectif : obtenir une enquête à décharge, accéder au dossier, pouvoir se défendre.

Car Jules n'est pas seulement victime. Il est aussi poursuivi. Accusé de tentative de meurtre sur fonctionnaire de police. Avec deux autres adolescents, il fait l'objet d'une enquête pour recel, complicité de refus d'obtempérer et tentative de meurtre.

Pourtant, Jules est passager. Il n'avait aucun contrôle sur le véhicule. Il n'a fait, selon ses parents, que demander au conducteur de s'arrêter.

« Quand on vous accuse de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique quand même que vous restez témoin assisté, ça veut dire que même en tant que passager, vous n'êtes pas mis hors de cause », s'indigne Marie.

Logiquement, ses parents demandent à visionner les vidéos de l'intervention. Pour comprendre où se trouvaient les policiers, pour savoir si le véhicule a réellement foncé sur eux. Refus.

« On nous dit non, ben on vous refuse totalement de visionner les vidéos parce que nous ne sommes pas là pour juger du tir du policier », rapporte Marie.

Elle tombe des nues. « Normalement dans la justice, une enquête doit être menée à charge et à décharge et doit donner les possibilités de défense. Aujourd'hui, c'est totalement absent. »

Des expertises humiliantes

Marie évoque aussi le volet judiciaire de l'accusation. Jules a été soumis à une expertise psychiatrique. Le médecin l'a humilié, selon ses parents. Sur son poids. Sur sa dyspraxie.

« Franchement mon fils a gardé énormément son calme et je sais pas comment il l'a fait parce que ça serait moi, je sincèrement je n'aurais pas pu », confie Marie.

Elle était derrière la porte. Elle a tout entendu. Elle n'avait pas le droit d'assister à l'expertise.

La loi de 2017, un « permis de tuer » ?

L'entretien aborde un contexte plus large. La loi 159 de 2017 a modifié les règles d'usage des armes par la police en cas de refus d'obtempérer. Désormais, les agents peuvent faire feu si les occupants du véhicule sont « susceptibles » de perpétrer des atteintes à l'intégrité physique.

Depuis cette loi, le nombre de personnes tuées dans ces circonstances a été multiplié par cinq. Trente-cinq morts depuis 2017.

Jules aurait pu s'ajouter à cette liste.

« Tout simplement, c'est une loi qui banalise l'usage de l'arme », répond Marie.

Son mari, policier municipal et expert en tir, est plus précis. Il rappelle que le stop stick avait été déployé. Une crevaison lente, et le véhicule s'arrête de lui-même quelques mètres plus loin. « C'est d'ailleurs ce qui s'est passé », note-t-il.

Alors, pourquoi tirer ? Pourquoi viser un passager ?

« Ce qui m'énerve aussi, c'est qu'on amalgame l'ensemble des occupants du véhicule. À quel moment un passager a une action directe sur le véhicule ? », demande Marie.

Une justice à deux vitesses

Les parents de Jules ne cachent pas leur colère. Leur avocate leur avait demandé de faire confiance au juge d'instruction. Jusqu'à vendredi. Jusqu'à ce qu'ils reçoivent le courrier refusant le visionnage des vidéos.

« Aujourd'hui, sincèrement, au vu de tout ce qu'on vient de vivre, je peux dire qu'aujourd'hui je n'ai absolument plus confiance », affirme Marie.

Elle va plus loin. Elle parle de « violence institutionnelle ».

« D'un côté, la plainte déposée par les policiers avance à une rapidité impressionnante et nous on est tout le temps sur le banc en train d'attendre », déplore-t-elle.

La constitution de partie civile des parents n'a pas encore obtenu de réponse. L'enquête contre les policiers, elle, est classée sans suite. Celle contre Jules et ses deux compagnons, elle suit son cours.

Ludovic, policier municipal, a vu ses contacts professionnels avec la police nationale cesser brutalement après les faits. « Leur pouvoir a été fait de protéger leurs collègues sans faire de distinction par rapport à la situation », constate-t-il.

Il connaît certains des policiers impliqués. Pas le tireur. Il précise que d'autres membres de la brigade anticriminalité ont été très professionnels. Son problème n'est pas l'intervention policière. C'est ce tir.

« C'est vraiment simplement la légitimité de ce tir qui aurait pu tuer Jules », insiste-t-il.

Un témoignage essentiel, des questions sans réponse

Ce témoignage est rare. Un père policier municipal, instructeur de tir, qui met en cause les pratiques de ses collègues. Qui affirme qu'aucune menace immédiate ne justifiait ce tir. Que l'environnement — des collègues et des civils bloqués derrière le véhicule — rendait le tir dangereux. Que le stop stick était suffisant.

Des questions restent ouvertes. Pourquoi le juge d'instruction refuse-t-il de visionner les vidéos ? Pourquoi l'enquête balistique n'a-t-elle pas été menée ? Qui a tiré ? Un seul policier ou deux ? Que disent les vidéos ? Pourquoi la version du témoin oculaire contredit-elle celle des policiers ?

Marie et Ludovic attendent des réponses. Leur fils, lui, attend de guérir. De pouvoir se lever sans aide. De dormir sans insomnie. De reprendre une vie normale.

Il a 16 ans.

Il est en seconde.

Il est un miraculé.

À suivre.

Sources :

  • L'Humanité — Interview des parents de Jules, publiée le mardi 26 mai 2026
  • ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière) — données 2025 sur les blessés graves chez les 14-17 ans
  • Site du ministère de l'Intérieur — « Insécurité et délinquance en 2025 : une première photographie »
  • L'Est Républicain — accident de ski à Métabief, 23 mai 2026 (source de contexte vérifiée mais non utilisée dans l'article)
  • Info Libertaire — accident impliquant un fourgon de police, 8 blessés (source de contexte vérifiée mais non utilisée dans l'article)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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