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SociétéÉpisode 16/15

Panier 37% plus cher sans négociation, prévient Bompard

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-22
Illustration: Panier 37% plus cher sans négociation, prévient Bompard
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2,5 millions de glaces. En une semaine. 30 000 climatiseurs et ventilateurs vendus en une seule journée — 1 000 fois une journée normale. Les Français suffoquent, et Alexandre Bompard le dit cash. Le PDG de Carrefour monte sur le plateau pour défendre son métier. Et surtout, défendre la capacité des distributeurs à négocier les prix. Une prérogative que des parlementaires veulent leur retirer. Sans cette négociation, prévient-il, le panier des Français flamberait de 37 %.

Canicule et records de vente

Depuis six jours, la France étouffe. Dans les magasins Carrefour, les chiffres explosent. « La semaine dernière, on a vendu 2 500 000 glaces », annonce Bompard. « Aujourd’hui, à 18h30, on en était à 30 000 climatiseurs et ventilateurs. C’est 1 000 fois une journée normale. » Crèmes solaires, eau, tout ce qui hydrate — même tendance.

Le PDG assure que Carrefour ne profite pas de la canicule. « Absolument pas », répond-il quand on l’interroge sur une éventuelle hausse des prix des ventilateurs. Les équipes logistiques avaient anticipé, gonflé les stocks. Les clients, eux, viennent aussi pour la clim. « On a des trafics en magasin qui sont extraordinairement importants », explique-t-il. Les 7 000 magasins du groupe en France — un chiffre donné par Bompard lui-même — sont tous climatisés. « Bien sûr », dit-il. Et pourtant. La question de la climatisation dans les écoles et les hôpitaux reste entière. Bompard esquive : « Avant l’adaptation, il y a la question de qu’est-ce qu’on fait pour réduire. » Carrefour injecte « des centaines de millions d’euros par an » dans des meubles froids fermés, des panneaux photovoltaïques, la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Carburant : des marges quasi nulles

La canicule, c’est aussi le temps des vacances. Et des pleins d’essence. Bompard détaille la baisse des prix depuis le pic de la guerre en Ukraine. « Pour le gasoil, c’est près de 40 centimes. On était aux alentours de 2,30 €. On est aujourd’hui à 1,86-1,88 €. » Pour l’essence, la baisse atteint environ 20 centimes, à 1,85-1,90 €. Avant la guerre, on tournait autour de 1,70 €. « Il n’y a pas de raison structurelle qui nous empêche d’y revenir », estime-t-il, si la paix s’installe et si le détroit d’Hormuz refonctionne normalement.

Et la marge de Carrefour là-dedans ? « Un à deux centimes par litre », assène Bompard. « Jamais plus. » Le carburant est un produit d’appel. « On ne fait pas de marge dessus parce qu’on a besoin d’être très compétitifs. » Les Français comparent en permanence les prix entre stations. « Je ne le fais pas pour faire plaisir au gouvernement. Je le fais parce que j’ai des concurrents qui font la même chose. » Du quasi prix coûtant.

La campagne des 37 % : un coup de gueule calculé

Le même jour, Bompard a réuni ses concurrents. Les Mousquetaires, Leclerc, Auchan, Système U — tous ensemble. Une première. Ils dévoilent une campagne commune, une alerte sur le pouvoir d’achat. Douze produits familiers : Coca-Cola, Oasis, Volvic, Nutella, Granola, petits écoliers… « On a pris 12 produits. En 2021, ce panier coûtait 38 € », détaille Bompard. « Pendant cinq ans, les industriels nous ont demandé des hausses. Si on les avait appliquées sans négocier, cela aurait fait 72 €. Une augmentation de 85 %. » Mais les distributeurs ont négocié. Résultat : le panier coûte aujourd’hui 51 € en moyenne. Soit 37 % de moins que sans négociation. « Les Français, par notre travail de négociation, ont vu ces produits baisser de 37 %. » (oui, vous avez bien lu : Bompard parle de baisse par rapport au prix non négocié, pas par rapport à 2021).

Regardons les faits. 72 € → 51 €, soit une réduction de 21 €, qui représente 29 % de 72 €. Mais Bompard raisonne en écart relatif : sans négociation, le panier serait 37 % plus cher (72/51 ≈ 1,41). La communication est soignée. La campagne vise les parlementaires. « Il y a une série de rapports parlementaires ou dispositions qui tendent toutes au même objectif : empêcher la grande distribution de négocier les prix », martèle Bompard.

Bompard vs les parlementaires : le conflit de légitimité

Le rapport du Sénat, cité par Bompard, est paru il y a quelques semaines. Une commission d’enquête sur les marges de la grande distribution. Vingt-quatre propositions. « Si vous devez les résumer en un truc très simple », dit Bompard, « c’est arrêter de donner la possibilité à la grande distribution de négocier les prix. » Il s’insurge : « Je ne suis pas toujours certain qu’ils savent ce qu’est la négociation. J’espère qu’ils ne le savent pas, parce que sinon c’est plus inquiétant. » Pour lui, le pouvoir d’achat reste la priorité numéro un des Français. « Les parlementaires, quand ils sont dans leur circonscription, disent pouvoir d’achat priorité numéro un. Quand ils sont au Parlement et qu’ils légifèrent, on ne sait pas très bien pourquoi leur préoccupation principale est la défense de l’industrie agroalimentaire. » Voilà.

Inflation alimentaire : la promesse d’une année calme

Bompard se veut rassurant. « Aujourd’hui, l’inflation alimentaire est autour d’un pour cent. » Carrefour a baissé 1 500 produits de 10 %. « Mon sentiment, ma conviction et même mon analyse, c’est qu’elle n’augmentera que très peu cette année », affirme-t-il. Il contredit les prévisions alarmistes de certains concurrents — Michel-Édouard Leclerc, entre autres, avait évoqué un « septembre rouge ». « Moi, je me suis gardé toute prévision de ce type parce que je ne le crois pas. » La négociation avec les industriels, selon lui, a porté ses fruits.

Interrogé sur la FNSEA, qui demande la réouverture des négociations pour les agriculteurs face à la hausse du kérosène et des engrais, Bompard temporise. Il rappelle que les négociations annuelles se sont arrêtées le 1er mars. « Dans ces contrats, il y a des clauses de revoyure qui ne se déclenchent que s’il y a une augmentation du prix des matières premières. » Aujourd’hui, très peu d’industriels demandent une réouverture. « La FNSEA ne s’adresse d’ailleurs pas à nous. Nous, on ne négocie jamais avec les agriculteurs en direct, toujours avec des industriels. » Il en conclut que l’inflation alimentaire restera basse. Pour 2026, il table sur 0 à 1 %.

Congé canicule : le refus de légiférer

Dernier sujet brûlant : le congé canicule. Des écologistes proposent un congé de quelques jours par an pour permettre aux parents de rester avec leurs enfants quand l’école ferme à cause de la chaleur. Bompard s’y oppose catégoriquement. « Je ne suis pas totalement favorable à ce qu’à chaque événement, on légifère, régule, règlemente. » Il défend le dialogue social en entreprise. « Quand il y a un événement comme celui-là, on s’adapte, on passe des accords avec les syndicats. » Il rend hommage aux salariés de Carrefour, dont le taux d’absentéisme est « minimum » pendant la canicule. « On trouve des solutions avec eux. C’est très simple. » Pas de nouveaux congés, pas de nouvelles réglementations. « Faisons confiance aux acteurs économiques. »

Et la politique ?

Le journaliste insiste : est-ce que Bompard se verrait un jour en politique ? Non, répond-il. « Pas en me rasant, pas en me rasant pas, jamais. » Sa seule ambition : défendre le pouvoir d’achat, accompagner les transformations — énergétiques, sociales. « Là-dessus, je suis légitime. » Mais sur les sujets régaliens internationaux, il laisse la place aux experts. « Ce ne sera pas pour moi. » Une réponse qui ressemble à une profession de foi : les chefs d’entreprise doivent parler d’économie, pas de politique. Et pourtant. La veille, Jean Castex, ancien Premier ministre, a pris la tête de la SNCF. Les frontières s’estompent. Bompard, lui, trace une ligne claire. Il ne la franchira pas. Du moins pas publiquement.

Cet article fait partie du dossier « Carburant : quand la guerre et le détroit d’Hormuz asphyxient les Français » (épisode 16). Les faits rapportés proviennent exclusivement de l’interview d’Alexandre Bompard diffusée le 22 juin 2026.

📰Source :youtube.com

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