Affaire Labrosse et De Gelder : trois bébés au congélateur, une crèche ensanglantée

Le garage, l'odeur, les sacs
Philippe Viguet-Poupelose prépare des cartons. Sa compagne l'a quitté trois semaines plus tôt. Il descend au garage. Une odeur nauséabonde l'inquiète. Il pense à un animal mort. Il cherche. Il trouve une malle. Il la tire devant la maison. Il l'ouvre.
Au milieu de bottes, de boules de pétanque et de boîtes de conserve, deux sacs poubelle noirs. Il en ouvre un. Il aperçoit la tête d'un bébé. « Il va d'abord ne pas croire ce qu'il voit », raconte un enquêteur. Il va chercher son voisin. Pour vérifier. Le voisin confirme : c'est bien un cadavre de nouveau-né.
Philippe ouvre le deuxième sac. Un deuxième bébé.
Paniqué, il alerte ses parents, puis la police. Il appelle son ex-compagne. Il ne lui dit pas ce qu'il a trouvé. Il pense que ça lui ferait peur. Il n'imagine pas une seconde qu'elle soit à l'origine de ces bébés.
La police d'Albertville arrive. « Ça sent très très mauvais alentour », se souvient un enquêteur. « Dans un sac poubelle, j'aperçois la tête d'un bébé en état de décomposition assez avancé. Ce sont pas des bébés frais. »
Virginie Labrosse arrive. Très calme. Elle s'assoit. Elle montre les sacs du doigt. Sa première phrase : « C'est à moi. » Pas « c'est moi ». « C'est à moi. »
Son ex-compagnon s'effondre. « C'est la fin du monde », dira le procureur. « Il tombe du placard. » Il cherche le regard des autres. Il veut qu'ils soient témoins de son incompréhension.
Puis Virginie dit aux policiers : « Il y en a encore un autre à la cave. » Un troisième corps, dans un carton contenant un sapin de Noël.
Six ans de silence
Trois grossesses. Trois accouchements clandestins. Personne n'a rien vu. Ni le compagnon. Ni l'amant. Ni les collègues. Ni les médecins.
Le premier accouchement remonte à septembre 2001. Virginie vit alors avec Philippe dans un appartement au troisième étage. Elle est prise de violentes douleurs. Elle va aux toilettes. Elle perd connaissance. Quand elle revient à elle, le bébé est dans la cuvette. Elle ne regarde pas. Elle part s'endormir dans le salon. Les médecins légistes détermineront que l'enfant est mort par asphyxie — la tête collée à la paroi de la cuvette.
Le lendemain, elle enveloppe le corps dans un sac plastique. Elle le met au congélateur.
Deux ans plus tard, en 2003, nouvelle grossesse. Elle se sent coincée : « Si je vais voir un gynécologue, il va voir que j'ai déjà accouché, il va me demander où est le premier enfant. » Elle n'y va pas. Elle accouche seule, aux toilettes ou dans la salle de bain. Elle entend crier « cette chose ». Mais les expertises établiront que le bébé était mort-né. Elle le met dans un sac poubelle. Au congélateur.
En décembre 2006, troisième grossesse. Le père n'est plus Philippe, mais son amant Frédéric Blanconet, 20 ans. Il ne remarque rien. Ses collègues du centre international de séjour d'Albertville non plus. Elle continue de faire le ménage des chambres, enceinte de neuf mois.
Elle accouche seule, dans sa salle de bain, à même le sol. Elle dit avoir étranglé l'enfant. Les autopsies ne montrent aucune trace de strangulation. Le bébé est mort d'asphyxie, étouffé à travers le sac poubelle.
Elle conserve les trois corps. Elle les sort parfois. Elle les regarde. « Besoin de les avoir près d'elle », explique-t-elle. « Ces bébés faisaient partie d'elle. »
Le déni de grossesse
Comment une femme peut-elle mener trois grossesses à terme sans que personne ne s'en aperçoive ? La réponse est dans le diagnostic posé par les experts : le déni de grossesse.
Virginie Labrosse consulte un médecin pendant sa première grossesse. Il l'examine. Il ne détecte rien. Elle est pourtant à sept mois. Elle a perdu 20 kilos. Pas de ventre. Pas de signes extérieurs. « Aucun des symptômes d'une femme enceinte », résume un enquêteur.
Elle utilise une contraception peu fiable : des ovules spermicides. Elle ne peut pas se déshabiller devant un médecin. Elle ne s'estime plus. Elle parle de relations forcées avec son compagnon. De violence verbale. De dévalorisation.
Le juge d'instruction a un « coup de génie » : il ordonne une expertise médicale après l'incarcération de Virginie. L'échographie révèle qu'elle est enceinte — de six semaines. Une quatrième grossesse. Cette fois, elle prend 30 kilos. La grossesse se voit. Elle accouche en avril 2008 d'un petit garçon. Normalement.
Le procès s'ouvre en octobre 2010 devant la cour d'assises de la Savoie. La défense plaide le triple déni de grossesse. L'accusation évoque une conscience partielle. Virginie Labrosse est condamnée. La peine n'est pas précisée dans le transcript, mais elle bénéficie d'une atténuation liée à son passé.
Le massacre de Termonde
23 janvier 2009. Une crèche à Termonde, en Belgique. Kim De Gelder, 20 ans, pénètre dans l'établissement. Il est armé d'un couteau. Il poignarde 18 enfants et 6 puéricultrices. Trois personnes meurent : Léon, un bébé de 6 mois ; un enfant de 9 mois ; Marita Blindeman, une éducatrice de 54 ans.
Il prend la fuite. Il est arrêté à 5 kilomètres de la crèche. Dans son sac à dos : deux couteaux, une hache, un pistolet factice. Sur lui : l'adresse de la crèche, un schéma de trois crèches, des dessins d'enfants, une planche avec une silhouette d'homme.
Son ordinateur contient des articles de presse sur Elsa Van Rampdonck, une retraitée de 73 ans poignardée chez elle le 17 janvier 2009 — six jours avant le massacre. Kim De Gelder avoue ce meurtre une semaine après son arrestation. Pourquoi elle ? « Il n'a jamais donné de motif », selon un enquêteur. Le seul lien : la rue où elle vivait s'appelle Galgestraat — « rue de la guillotine » en flamand.
Schizophrène ou simulateur ?
Kim De Gelder a grandi dans une famille ordinaire. Mais dès 12 ans, son comportement inquiète. Il reste enfermé dans sa chambre. Il entre dans la chambre de ses parents la nuit. Il les regarde dormir sans bouger. Parfois, il hurle. Il voit des petits bonhommes sur les toits. Il entend des voix. Il croit qu'on veut l'empoisonner. Il raconte qu'il travaille pour la police.
Ses parents veulent l'interner. Le psychiatre estime que des médicaments suffisent. Kim ne participe qu'à trois séances. Il arrête ses études d'infirmier. Il travaille six mois dans une grande surface. Il démissionne en décembre 2008. Il coupe tout contact avec sa famille. Il vit seul dans un studio à Sinaai.
Quatre mois plus tard, le massacre.
Cinq experts psychiatres sont désignés par la justice. Leur conclusion est unanime : Kim De Gelder est responsable de ses actes. « Il savait très bien ce qu'il a fait. Il a bien préparé ses actes. Il a essayé de se sauver après. Il était capable d'arrêter », résume un enquêteur.
L'avocat de la défense désigne un contre-expert. Cet expert diagnostique une schizophrénie profonde. Selon lui, Kim De Gelder n'est pas responsable : il était « obligé par des voix, par des petits bonhommes ». Il préconise l'internement.
Depuis sa détention à la prison de Bruges, Kim De Gelder adopte une attitude étrange. Il parle avec ses tartines. Il rit tout seul. Il se cache dans sa cellule. Puis, à l'été 2010, il déclare qu'il était malade à l'époque des faits, mais qu'il est désormais guéri. « Je pense qu'il n'a plus de problème pour le moment, donc on doit le libérer », rapporte un enquêteur.
Même ses propres psychiatres estiment que cette déclaration prouve qu'il est toujours malade.
Deux affaires, une question
Virginie Labrosse et Kim De Gelder. Deux mondes. Deux crimes. Une même interrogation : où commence la responsabilité ? Où finit la maladie ?
L'une a caché ses grossesses et conservé les corps de ses enfants. L'autre a planifié et exécuté un massacre. Tous deux ont été examinés par des experts. Tous deux ont vu leur santé mentale débattue devant les tribunaux.
Virginie Labrosse a été jugée. Condamnée. Elle a commencé sa peine en janvier 2011. Kim De Gelder, lui, attend toujours son procès. La justice belge doit trancher : procès ou internement ?
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Sources : Transcript vidéo YouTube (affaires Labrosse et De Gelder), procédure judiciaire française, procédure judiciaire belge, expertises médicales et psychiatriques.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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